On s’est connu il y a longtemps. On se voyait toujours à l’abri des regards, on cachait au monde que nous étions liés, elle et moi. Elle n’avait rien de spécial. Je ne sais même pas ce qui m’a plu chez elle. Mais cet attachement a été tout de suite infiniment puissant. Jusqu’au jour où elle s’est éloignée. Deux années plus tard, elle a repris contact. Subitement, de nulle part. On s’est revu, loin du monde. Comme avant. Comme au début. C’était étrange comme sensation, comme si nous étions à la fois gênés et comme si nous étions chez nous. Dans notre cocon. En la retrouvant, j’avais retrouvé ma maison. Mais j’ignorais pour combien de temps elle comptait me garder dans sa vie. Elle était assez imprévisible. Sa vie était une sorte de triste boucle dans laquelle elle prenait et reprenait contact avec des personnes au hasard, pour disparaître d’un seul coup. Cette fois, j’avais bien l’intention de la garder.

Notre cocon s’est renforcé et on ne se cachait plus. Nous sommes devenus une sorte de couple lambda à travers les yeux du monde. Et je pense que ce monde a contribué à nous mener en enfer.

Elle n’était pas si banale que ça, finalement. Elle se mettait à rire parfois pour des choses qui m’échappaient, lorsque moi, je ne riais pas. Elle était aussi largement plus fragile qu’elle essayait de le faire croire. Heureusement que j’étais là pour elle. Ceux qu’elle pensait être ses amis ne l’étaient pas et j’étais là pour le constater et tout tenter afin de le lui faire comprendre, pour la protéger. Elle était aveuglée par l’attachement qu’elle avait pour eux alors ça n’a pas été simple de lui faire accepter qu’elle devait s’en éloigner. Je crois qu’il ne s’est passé aucune journée sans que je ne me sois dit qu’elle avait de la chance que je l’épaule à ce point. Mais c’était naturel et avec plaisir, elle méritait mon aide. C’était en tout cas ce que je croyais au début.

Et puis, il est vrai, je n’ai pas toujours été tendre. Mais elle était têtue, souvent. Alors je me devais de me montrer plus ferme pour qu’elle m’écoute. Pour qu’elle fasse ce qui est bon pour elle. Parce que j’étais fou amoureux. Et que, de la même manière qu’un bon parent n’est pas toujours tendre avec son enfant, il était normal que je me mette hors de moi lorsqu’elle n’en faisait qu’à sa tête. Je n’ai cessé de lui répéter que tout cela découlait de mon amour profond pour elle et de mon inquiétude quant à son bien-être. J’ai fait tout mon possible pour qu’elle soit heureuse mais elle ne s’en rendait pas compte, elle avait ce côté un peu garce. Ingrate. Mais je lui pardonnais. J’ai peut-être été trop patient, trop clément.

Un matin où elle était sous la douche, j’ai regardé dans son téléphone pour m’assurer qu’elle ne parlait avec personne de problématique. Et j’ai vu ce message infâme venant de sa connasse de meilleure amie qui lui disait que je n’étais pas un bon copain et qu’il fallait à tout prix qu’elle me quitte avant que tout cela ne dégénère. C’était terrible de lire une telle bêtise. J’ai attendu gentiment qu’elle sorte de la salle de bain pour lui expliquer ce qu’elle n’avait pas l’air de comprendre. Mais elle a été beaucoup trop têtue, ce matin-là. Et insolente. Alors, c’est vrai, malgré toute ma bienveillance, il a fallu que j’use de violence. Je n’ai pas eu le choix. C’était la première fois. J’ai eu raison. Elle faisait beaucoup moins la fière après s’être prise cette correction amplement méritée. Elle ne parlait plus, elle pouvait enfin écouter. Je l’ai prise dans mes bras. En caressant ses cheveux, je lui ai tendrement expliqué que sa meilleure amie n’était qu’une pauvre idiote qui jalousait simplement l’amour que je portais à ma copine. Cette sombre débile n’aura jamais la chance d’être aimée par quelqu’un de si dévoué que moi.

Notre couple était tumultueux, compliqué, mais ce sont des choses normales lorsque nous aimons si fort. Mon seul regret est peut-être d’avoir trop donné. Je suis comme ça. Trop généreux. Et aujourd’hui, j’en suis là à cause d’elle. Elle a fini par devenir folle. Lorsque je lui parlais gentiment, dans le seul but de lui expliquer comment réparer telle ou telle erreur qu’elle avait commise, elle se mettait à pleurer. Fort. Se tirer les cheveux. Elle osait même parfois me demander de me taire. J’étais vraiment triste. Elle devenait de plus en plus incohérente et ingrate. Mais je suis resté. J’ai continué de l’aimer, péniblement. Et de vouloir l’aider, tandis qu’elle repoussait un peu plus chaque jour les limites de l’insolence.

Il a fallu un jour que je me rende à l’évidence : elle avait perdu les pédales. Alors, j’ai discuté longuement avec elle, calmement, pour lui expliquer que la seule solution qui lui restait pour guérir était peut-être de se reposer quelques temps dans un hôpital psychiatrique. Mais la conversation a dégénéré. Je n’aurais pas dû lui en parler, elle était encore plus folle que je le pensais. Il a fallu que je la calme. J’en suis venu aux coups. Mais elle a refusé de se calmer malgré ça. Elle a sûrement cru qu’elle pouvait se défendre contre moi. Elle a même essayé de fuir. Ca n’a aucun sens, ça prouve à quel point elle était devenue folle. Elle a tenté de fuir la seule personne qui l’aimait véritablement. Elle n’avait pas le droit de partir. Elle n’avait pas le droit de me faire ça après tout ce que j’avais fait pour elle. Tous les risques que j’avais pris. J’ai dû agir. Elle ne pouvait pas espérer vivre sans moi. C’était moi qui avais donné un sens à sa vie. Et désormais, l’ironie est infinie : c’est moi qui me retrouve enfermé. Je suis puni d’avoir été trop bon, d’avoir trop aimé.

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